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Claudia Cardinale retourne dans la Tunisie de son enfance

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Le lycée de Sidi Bou Saïd, village blanc et bleu, la plage de Carthage, le couscous de poissons accompagné d’un rosé du cru bien frais et suivi d’un thé à la menthe… Claudia Cardinale raconte ses souvenirs dans Ma Tunisie, qui vient de sortir aux éditions Timée.

Sous le soleil de la Méditerranée – avec une protection 50, sinon je bronze plus noire que le charbon –, mon âme s’enivre d’éternité. La mer est bleu cobalt. Les jasmins, plus parfumés que nulle part ailleurs. Au pays de mon enfance, celui que j’ai laissé à dix-sept ans pour le cinéma et les studios, je reviens chaque année.

A la pointe du golfe de Tunis, à Sidi Bou Saïd, ce village perché sur la falaise qui ressemble un peu à Capri, et où le passé (hormis les touristes à la queue leu leu, en haute saison) vit encore. Je n’ai rien oublié. Je pose mes sacs au Dar Saïd, une petite villa qu’un ami a métamorphosée en un hôtel magnifique. Pieds nus parmi les grappes de bougainvilliers et les mosaïques de faïence, j’y suis comme à la maison. La chambre 8 m’est réservée d’office – lorsqu’elle m’accompagne, ma fille, Claudia, s’installe dans celle d’à côté.

En Tunisie, les gens sont hospitaliers et spontanés. Lors de mon dernier séjour, deux jeunes garçons m’ont abordée dans une ruelle. Ils m’ont demandé si je cherchais une maison à louer. Quelques heures plus tard, ils m’attendaient à l’hôtel, un bouquet de fleurs à la main: ils voulaient m’emmener guincher – j’ai quelques notions de danse du ventre – dans un cabaret oriental.

Que de fous rires et de regards en coin! Ici, je suis fêtée comme une reine. Lorsqu’il m’a honorée de la plus haute distinction du pays, le président Ben Ali m’a dit que j’étais sa plus belle ambassadrice. C’est vrai que je ressemble beaucoup à ces femmes tunisiennes qui marchent libres et fières dans les rues de la capitale. Un petit train blanc relie Sidi Bou Saïd à Tunis. C’est le moyen le plus pittoresque de s’y rendre.

La Goulette, Salambo, Carthage, La Marsa, Gammarth… Entre rivage marin et lac salé, le tortillard flirte avec 20 kilomètres de côtes. Si la ville de mon adolescence a disparu (la cathédrale Saint-Louis a même été transformée en lieu de réunion et de sociabilité…), les souks gardent leur magie mystérieuse. Au visiteur, ils offrent le charme, le danger, la séduction de l’Orient… Autour d’un thé à la menthe, au son de la musique italienne, tout s’achète.

J’ai des dizaines de robes brodées au fil d’or (j’en trouve aussi à la médina d’Hammamet) qui s’alignent dans mes placards, des djellabas plus magnifiques les unes que les autres. Je collectionne également les boîtes à bijoux remplies de colliers d’or, de boucles d’oreilles et de bagues en argent (à négocier 50 euros maximum). Plaisir des yeux, gourmandise de la bouche: de retour à Paris depuis quelques jours à peine, j’ai déjà descendu toute une boîte de gâteaux au miel…

Pour moi, en vacances, une journée réussie est une journée de communion avec la nature. J’ai hérité de mon père le goût des excursions. A l’époque, nous nous entassions dans sa Peugeot 203 noire. Aujourd’hui, je pars retrouver aux portes du désert cette plénitude des sentiments que je n’éprouve nulle part ailleurs. A El Jem, la Rome de l’Afrique, l’amphithéâtre pouvait accueillir jusqu’à trente mille spectateurs. A Monastir, une charmante station balnéaire, je retrouve sans nostalgie les lieux où j’ai tourné mon premier film. Il y a aussi Kairouan, la quatrième ville sainte de l’islam, telle une porte mystérieuse vers ce Sud mystique qui me fascine… Toutes ces balades peuvent s’effectuer dans la journée.

De retour à Sidi Bou Saïd, depuis la terrasse de ma chambre, j’aime le coucher du soleil sur la Grande Bleue. Je me fais belle pour le dîner. En ville, il y a deux restaurants formidables: le célèbre Dar Zarrouk et Le Pirate. A ma table, j’exige de la bonne humeur, des bricks, du couscous au poisson, et ce vin rosé parfumé qu’on ne trouve que dans la région. On chante, on boit, on rit… Tandis qu’au clair de lune les ombres des chats sauvages dansent contre les portes bleus des palais à l’architecture arabo-andalouse. Au loin, la mélodie d’une guitare. C’est le chant du Café des Délices. Yalil yalil, habibi yalil, yalil yalil, habibi yalil…


Laurent Del Bono
Article paru dans Gala, août 2009

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Tags : cardinale, claudia, gala

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